Fév 04

Gibraltar et le Brexit : un rocher, une épine ou un pont « entre » l’Europe et la Grande Bretagne ?

En juin 2016, alors que près de 52% des Britanniques décident de sortir de l’Union européenne, les habitants de Gibraltar votent à 96% pour le maintien dans l’Europe. Aux portes de la Méditerranée, territoire disputé par l’Espagne et le Royaume-Uni depuis le 18e siècle, la position du « Rocher » est stratégique mais aussi symbolique. Le Brexit ouvre un nouveau débat sur le futur de Gibraltar et sa relation avec l’Europe, qu’éclaire bien « Toute l’Europe » .

Le statut insolite de Gibraltar remonte à la guerre de succession d’Espagne (1701-1714). Jusqu’à lors territoire espagnol, le Rocher est conquis par la Grande-Bretagne en 1704. L’isolement du Rocher pendant cette période est vécu comme un traumatisme pour les habitants et a contribué à la formation d’une véritable identité

Si les rapports entre l’Espagne et la Grande Bretagne se sont apaisés, le conflit de l’été 2013, relatif aux eaux territoriales de Gibraltar, a montré que les tensions pouvaient réapparaitre très vite

Sa superficie réduite (6,8km2) et sa faible population (30 000 habitants) n’en confèrent pas moins à ce territoire un intérêt stratégique. C’est la porte d’entrée de la Méditerranée côté atlantique, à quelques kilomètres du Maroc et sur le chemin du Moyen-Orient et de l’océan indien, reliés par le canal de Suez à l’extrémité est de la Méditerranée.

Pour la Grande-Bretagne, cet avant-poste est stratégique, au vu de l’instabilité au Sahel, des menaces actuelles comme l’islamisme, mais également pour ses opérations militaires dans le Golfe. A cela s’ajoute l’importance pour le transit d’une grande partie du pétrole et du gaz naturel nécessaires à l’Europe occidentale, et notamment à la Grande-Bretagne

Gibraltar entre dans la Communauté européenne en même temps que le Royaume-Uni, en 1973. Mais, il s’agit d’une région spécifique au sein de l’Union dans la mesure où la totalité du droit communautaire ne s’applique pas. Gibraltar est notamment exclu de l’Union douanière, de l’obligation de facturer la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), de la politique commerciale commune, de la politique agricole commune et de la politique commune de la pêche. Ce statut juridique particulier pose d’importants problèmes d’ordre fiscal, de transparence des marchés financiers et de trafics.

En tant que territoire britannique, il n’appartient pas non plus à l’espace Schengen. En revanche, Gibraltar doit participer à la politique environnementale commune ainsi qu’à la politique des transports, entre autres. En outre, depuis 1999, les Gibraltariens disposent du droit de vote aux élections européennes.

Gibraltar est soumis au droit international, qui comprend le droit à l’autodétermination des peuples. Aux Nations unies, c’est la commission en charge des affaires coloniales qui est compétente sur le cas du Rocher, qui figure encore aujourd’hui sur la liste des territoires non décolonisés. Le gouvernement local de Gibraltar a organisé, en 2002, un référendum proposant la co-souveraineté de l’Espagne et du Royaume-Uni : une option refusée à 99%. Ce qui manifeste d’une volonté totale des habitants de demeurer Britanniques.

Le Premier ministre espagnol, a accepté de ne pas distinguer Gibraltar du reste du Royaume-Uni dans les négociations sur le Brexit. Le dossier ne figure donc pas dans le cahier des charges du négociateur de l’UE, Michel Barnier. Le Rocher quittera donc l’Union en même temps que Londres.

En échange, Madrid s’est vu octroyer par les Vingt-Sept un « droit de veto » sur le statut de Gibraltar. Tout accord sur les futures relations bilatérales entre l’Europe et le Royaume-Uni ne serait applicable dans le Rocher que si Madrid et Londres parviennent à un accord préalable. Ce droit de veto a suscité de vives critiques. Les autorités gibraltariennes ont dénoncé le comportement « intimidateur » de l’Espagne. Côté britannique, des parallèles ont même été établis avec les Malouines, revendiquées par l’Argentine.

Gibraltar n’échappe pas aux conséquences négatives du Brexit. L’économie de Gibraltar est très fortement dépendante des plus de 10 000 travailleurs frontaliers quotidiens, qui représentent 40% de l’ensemble de la main d’œuvre. La sortie du marché unique pourrait avoir un impact négatif sur l’activité économique du Rocher. Le secteur touristique est parmi les plus vulnérables. 95% des touristes entrent par la frontière espagnole, et sa fermeture ou des contrôles plus exhaustifs auraient un impact significatif sur le secteur.

Le port de Gibraltar,  (port important de ravitaillement des navires en combustible), pourrait également être l’une des grandes victimes du Brexit, puisque 30% du carburant du port sont actuellement stockés en Espagne, à Algesiras

 Il en est de même de l’aéroport puisque le gouvernement de Madrid exige une gestion partagée, sous menace d’exclure Gibraltar du ciel unique européen s’il n’y a pas d’accord.

Après la sortie du Royaume-Uni de l’Union, nombreux craignent la fermeture de la frontière entre l’Espagne et le Rocher et le traumatisme du blocus passé est encore présent.

L’Espagne a reçu des garanties écrites de la part de l’UE qu’elle disposerait d’un droit de veto sur tout futur accord entre l’UE et le Royaume-Uni concernant Gibraltar, qui reste un territoire britannique. Même si la question de Gibraltar n’est pas un élément de blocage entre l’Europe et la Grande Bretagne, il reste encore à régler bien des questions sur la future relation entre le territoire et l’Espagne.

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