Jan 11

Y a-t-il trop d’emplois publics en France ? Ne confondons pas emploi public et dépense publique!

Notre pays est “plus socialisé qu’administré”, affirme un récent rapport de   France Stratégie. La spécificité française n’est pas liée aux dépenses publiques en général, mais à la place de son système redistributif. Ne confondons pas emploi public, fonction publique et dépense publique!

Dit autrement la marque de fabrique française, c’est l’amplitude des prestations sociales et non pas l’abondance de la ressource en fonctionnaires. En prenant pour base les données OCDE et Eurostat, ce rapport compare les niveaux d’administration des pays développés, et balaie bon nombre d’idées reçues.

Ainsi, le secteur public français n’est “pas particulièrement volumineux [ni] pléthorique”, relèvent les deux auteures de la note. “La position de la France n’apparaît pas particulièrement atypique : la prise en compte de toutes les dépenses directes et indirectes montre que l’écart avec les autres pays développés est plus resserré qu’on ne le croit”, détaillent-elles.

Si la France a fait le choix d’une socialisation des risques importante, impliquant des prestations sociales à la fois élevées et publiques, elle n’est “pas particulièrement atypique” s’agissant de ses dépenses publiques de fonctionnement. “En comparaison avec les autres pays, la France apparaît ainsi plus socialisée qu’administrée”, affirme France Stratégie.

Au regard de ses effectifs, la France se situe de fait parmi les pays où la proportion de l’emploi public dans la population comme dans l’emploi total est élevée. “Mais sans excès, nuance la note : son taux d’administration de 90 emplois publics pour 1 000 habitants la place dans la moyenne haute, devant le Royaume-Uni [80 ‰] et les États-Unis [68 ‰], mais bien en deçà des pays scandinaves ». Dans les pays de l’OCDE, ce taux varie en effet du simple au quadruple, avec aux extrêmes environ 40 emplois publics pour 1 000 habitants au Japon contre 159 pour 1 000 en Norvège.

  Le seul critère du taux d’administration est toutefois insuffisant, voire trompeur, car “tout dépend du périmètre retenu par chaque pays pour ses administrations publiques”.

Aussi, pour mesurer le poids de la sphère publique d’un pays, il ne faut pas se cantonner aux effectifs publics, mais s’intéresser à l’ensemble des dépenses publiques (57 % du PIB en France), réparties en trois catégories : les dépenses de fonctionnement, les dépenses d’investissement et enfin les prestations sociales.

En matière de prestations monétaires, “la France est sans conteste parmi les pays qui dépensent le plus en proportion de son PIB, résultat d’un choix politique en faveur d’une forte socialisation des risques”.

En revanche, “pour les dépenses de fonctionnement, une fois prises en compte non seulement les dépenses directes de personnel, mais aussi les dépenses de consommation intermédiaires et les transferts en nature (achats de biens et services marchands pour le compte de la population, ou bien au titre de frais de fonctionnement de l’administration), on constate que l’écart avec nos voisins se resserre”, expliquent les deux auteures. De fait, comparée à certains pays, la France a moins recours à l’externalisation.

Conclusion : la France fait bien partie des pays où les dépenses publiques de fonctionnement (comme d’investissement) sont élevées, mais sans pour autant se distinguer radicalement des autres.

En revanche, là où elle se singularise, c’est dans la part prise par les prestations sociales en espèces (pensions de retraites, indemnités journalières, allocations familiales, indemnités chômage, minima sociaux, etc.), qui constituent le principal poste des dépenses publiques. “Ces prestations atteignent 20 % du PIB, contre 15 % en Allemagne par exemple”, illustre la note.

Au final, “l’ensemble des prestations sociales (santé, retraite, famille, minima sociaux, chômage, logement) représentent en moyenne 35 % du PIB en France, un record en comparaison internationale”. Et la tendance haussière risque de durer – les dépenses publiques augmentent de 4 points entre 2005 et 2015 – sous le poids des transferts sociaux des branches santé et vieillesse.

France Stratégie précise enfin que 90 % de ces dépenses de protection sociale sont financées sur fonds publics en France, le reste relevant d’assurances privées. Ailleurs dans l’OCDE, l’importance du financement privé est plus marquée, comme aux Pays-Bas (26 %), ou encore aux États-Unis (38 %). À l’inverse, la part du financement privé des dépenses de protection sociale est très faible en Espagne (1 %), en Italie (5 %) ou encore en Finlande (4 %).

Par secteur, l’éducation est le premier poste de dépenses publiques dans la plupart des pays. A défaut, ce sont la santé ou la protection sociale. En France, l’emploi total (public et privé, enseignants et non enseignants) dans l’éducation se situe « dans la moyenne basse », à 13 % (13 emplois pour 100 élèves/étudiants), contre 9 % au Japon et 20 % aux États-Unis. Le nombre d’enseignants est aussi « relativement faible en équivalent temps plein » avec 6 enseignants pour 100 élèves/étudiants (contre 9 en Norvège et au Luxembourg), selon le rapport. C’est le cas en particulier dans le primaire (5 enseignants pour 100 élèves) et le supérieur (4,5).

Tableau de bord de l’emploi public           Note de synthèse 

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