Mar 15

Revenus : les jeunes paient plus le prix de la crise

Depuis 2002, les inégalités de niveau de vie se creusent entre les plus jeunes, dont les revenus stagnent, et les plus âgés, pour qui ils continuent à augmenter. Et pourtant, les premiers sont de plus en plus diplômés. Une fracture se creuse. C’est ce qui ressort d’une note du Centre d’observation de la société.

Les inégalités de revenus s’accroissent entre les plus riches et les plus pauvres, mais aussi entre les groupes d’âges. Au cours des vingt dernières années connues (1996-2016),  le niveau de vie des 18-29 ans a augmenté de 17 %, soit 2 700 euros annuels (après impôts et prestations sociales et inflation déduite). Pendant ce temps, le niveau de vie moyen annuel de l’ensemble de la population a augmenté de plus de 19 % (+ 3 200 euros) et celui des 65-74 ans de 22 % (+ 4 000 euros).

L’évolution longue est marquée par une cassure en 2002. À la fin des années 1990, toutes les catégories d’âge profitent de la reprise qui a lieu entre 1997 et 2001. À tel point que le niveau de vie des jeunes de 18 à 29 ans rattrape quasiment le niveau moyen global et celui des plus âgés. Toutes subissent le ralentissement de 2002. Les évolutions vont vraiment diverger à partir de ce moment-là : le niveau de vie des plus âgés continue à progresser (+15 % entre 2002 et 2016) alors que celui des 18-29 ans stagne. Au cours des quatorze dernières années, le niveau de vie annuel moyen des jeunes n’a augmenté que de 67 euros, contre 2 900 euros pour les 65-74 ans. La fracture est profonde.

Et pourtant, au cours des dix dernières années, le niveau de qualification des plus jeunes a continué à progresser. Un diplôme équivalent ne donne plus accès au même poste et au même niveau de vie. De plus, les plus jeunes subissent les effets de la hausse des prix du logement et en particulier des loyers : l’écart des niveaux de vie serait bien plus grand si l’on déduisait les charges de logement, notamment pour les jeunes qui vivent au sein des grandes villes. Une partie des plus âgés, propriétaires-bailleurs, détourne à son profit une partie de la croissance des niveaux de vie.

Plusieurs raisons peuvent expliquer la hausse des inégalités de revenus entre les jeunes et les plus vieux. Tout d’abord, les 65-74 ans de 2016 sont nés au plus tard au milieu des années 1950. Ce sont les dernières générations d’avant crise, celles qui sont passées juste au bon moment. Elles ont aussi connu une nette progression du taux d’activité féminin : de plus en plus de femmes arrivent à l’âge de la retraite avec des carrières complètes (ou moins incomplètes) et disposent de revenus de plus en plus élevés. Ce n’est que pour la génération suivante que l’on pourra voir un effet sensible du chômage et de la précarité sur les niveaux de vie. Inversement, les 18-29 ans de 2016 se sont insérés en pleine morosité économique – la croissance est lente depuis 2001 – et ils le paient par des salaires en berne. Dans une période de vaches maigres, chacun défend ses intérêts bec et ongles. À ce jeu, malheur aux plus faibles, dont les jeunes, mal représentés, peu syndiqués.

La conjugaison de statuts précaires et de stagnation des niveaux de vie rend particulièrement délicat l’accès au logement dont les prix ont explosé : une partie des jeunes doit se contenter de colocation à des âges élevés ou de rester vivre chez leurs parents. Seule une minorité très favorisée peut se constituer un patrimoine, notamment en accédant à la propriété. Les inégalités se transmettent par ce biais dans le temps : une fois âgés, quand certains auront achevé de rembourser leurs emprunts immobiliers, d’autres verront leur niveau de vie réduit par le paiement d’un loyer, creusant ainsi encore davantage les écarts de niveaux de vie.

Bien entendu, au sein des 18-29 ans les moyennes peuvent être trompeuses. L’insertion professionnelle des jeunes les moins diplômés – souvent issus des milieux ouvriers ou employés – n’a rien à voir avec celle des diplômés du même âge. À côté de formes variées de déclassement de ces derniers, il y a aussi l’absence de classement, qui fait « galérer » parfois des années avant de disposer d’un poste stable payé un peu plus que le minimum.

Ces quatorze années de stagnation vont-elles laisser une trace sur le niveau de vie des jeunes ? Au fil du temps, la classe d’âge vieillit et les écarts entre les âges se transforment en écarts entre générations qui sont durablement marquées. Comment vivront demain les 18-29 ans d’aujourd’hui ? Pour les plus jeunes, rien n’est jamais joué : on peut toujours attendre une reprise de l’activité. Mais le problème ne date pas d’hier. Toute une partie des générations nées à partir des années 1960-1970, déjà âgées, a connu une intégration sur le marché du travail en période de chômage de masse, bien plus rude que les précédentes. Pour elles, le rattrapage n’est plus envisageable.

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